jeudi 15 mai 2014

COL DE LA CHOULA

Maurice Tornay, né le 31 octobre 1910 à La Rosière, près d'Orsières et mort assassiné le 11 août 1949 au col du Choula, à la frontière sino-tibétaine, est un chanoine régulier suisse, béatifié comme martyr ; célébré le 11 août ou localement le 12 août.


Enfance et jeunesse
Fils de Jean-Joseph et de Faustine Rossier, paysans, Maurice est le septième d'une famille de huit enfants. De son enfance, sa sœur Anna retiendra qu'« avec sa première communion, Maurice devint gentil ».

Il fait ses études au collège de l'abbaye Saint-Maurice où il reste interne six ans, de 1925 à 1931. Il apprécie la lecture des récits de saint François de Sales et ceux de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. Il sollicite ensuite son entrée au noviciat du Grand-Saint-Bernard en 1931. Au prévôt de cette congrégation, Mgr Bourgeois, il écrit son intention : « Correspondre à ma vocation qui est de quitter le monde, et de me dévouer complètement au service des âmes afin de les conduire à Dieu, et de me sauver moi-même ».

Au moment de quitter les siens, Maurice répond à sa sœur aînée qui aurait souhaité le voir rester : « Il y a quelque chose de plus grandiose que toutes les beautés de la terre ». Le 25 août 1931, il est admis au noviciat de l'Hospice du Grand-Saint-Bernard. De là, il écrit à sa famille : « Je n'ai jamais été aussi libre. Je fais ce que je veux, je peux faire tout ce que je veux, car la volonté de Dieu m'est exprimée à chaque moment, et que je veux faire cette seule volonté ».









COL DE LA CHOULA



Bienheureux est le qualificatif donné à une personne qui a été béatifiée par l’Église catholique romaine. Selon l’article 9a des Normes pour la cause des Saints (Novæ leges pro causis sanctorum), les Évêques doivent attendre au moins cinq ans après la mort de la personne concernée avant d’introduire sa cause. Une béatification n’aboutit qu’après une longue procédure qui débute par un «procès », initié par un évêque et soutenu par la dévotion populaire, avec appel à témoins – favorables ou contraires – mais aussi un examen minutieux des documents écrits. La béatification – à ne pas confondre avec la canonisation – a pour but essentiel de proposer aux Chrétiens des exemples de vies éminemment chrétiennes. Un jour de commémoration du Bienheureux ainsi reconnu est par la suite adjoint au calendrier liturgique.
Le Bienheureux Maurice Tornay est né le 31 août 1910 – sous le signe chinois du « Chien de Fer », caractérisé par une fidélité à toute épreuve -   à la Rosière, un  hameau haut perché de la commune d’Orsières, dans le montagneux et catholique canton suisse du Valais. On va comprendre pourquoi l’Église en a fait, à juste titre, un exemple de pugnacité dans l’épreuve et de fidélité dans la Foi.
Le 25 août 1931,  Maurice Tornay revêt l’habit de  Chanoine régulier du Grand-Saint-Bernard – aussi connu pour ses « Chiens de Fer » aux si réconfortants tonnelets remplis de goutte ou de « Fendant ». Cinq ans après avoir adoré Dieu sur la Montagne, Maurice Tornay  s’embarque à Marseille le  22 février 1936, avec le troisième groupes de Chanoines  suisses du Grand-Saint-Bernard venus, dès 1933,  prêter main forte aux Prêtres français des Missions étrangères de Paris (MEP) et tenter de construire un nouvel hospice dans ce qu’il était alors convenu d’appeler et d’écrire « Les Marches thibétaines du Yunnan chinois ». Du début mai 1936 à fin mai 1938, Maurice Tornay  réside d’abord deux ans à Weisi,. C’est une sous-préfecture chinoise, un bourg situé dans la vallée d’un affluent du fleuve Mékong, essentiellement peuplé de Chinois et de Lissous, où se trouve une résidence missionnaire et sa petite chapelle intérieure qu’y ont fait construire jadis les MEP. Par manque d’effectifs, elle n’était  plus qu’un gîte d’étape, la plupart du temps déserté, lorsque les premiers Chanoines du Grand Saint-Bernard s’y installèrent en 1933. Elle deviendra pour eux un passage obligé, résidence de leur supérieur direct. Mais en réalité, de 1933 à 1952, le vrai coeur de la Mission sera  à Tsechung, à des jours de cheval de Weisi, là où se trouve Ie Père Goré des MEP,  Vicaire forain, et supérieur en titre de ce territoire de Mission,  depuis trente ans dans les « Marches du Thibet ».  Après un temps d’adaptation et d’études religieuses, Maurice Tornay se rend ensuite à Hanoï en compagnie de Robert Chappelet (voir: « La Croix Tibétaine »), où il est ordonné Prêtre le 24 avril 1938. De retour dans la « Mission du Thibet » il célèbre sa première Messe non pas à Weisi, mais à Siao-Weisi, un autre poste missionnaire situé à plusieurs jours de marche de là, dans la vallée du Mékong. De 1936 à 1939, Maurice Tornay apprend le chinois avec un professeur de l’église protestante de Weisi, où s90e trouve  depuis longtemps  aussi une Mission réformée, alors animée par le Pasteur britannique Bolton. Maurice Tornay passe aussi des périodes de vacances avec le laïc suisse Robert Chappelet qui supervise la construction d’un hospice sur le col du Latsa, entre les hautes vallées des fleuves Mékong et Salouen, en pays Lissou. (Photo sous copyright extraite de « La Croix Tibétaine », p. 375. De g. à dr., le  Chanoine suisse Maurice Tornay, le célèbre explorateur français Louis Léotard, le Chanoine Pierre-Marie Melly,  alors supérieur des Suisses, et le Frère Duc, lui aussi du Grand-Saint-Bernard, à Weisi, aux environs de Pacques 1937). En juillet 1938 Maurice Tornay est nommé responsable du Probatoire et de la ferme de Houa-Lo-Pa, une prairie située non loin de Weisi, où le Grand-Saint-Bernard a fait construire des bâtiments par un entrepreneur chinois, le même qui est chargé des travaux sur le Col du Latsa.  Maurice Tornay anime  ce probatoire et supervise cette ferme de son mieux durant la période d’isolement et de manque de moyens découlant du déclenchement de la seconde guerre mondiale en Asie. En mars 1945, le probatoire est fermé et Maurice Tornay est désigné curé de Yerkalo, en remplacement du Père Burdin des MEP, qui y est décédé de maladie. A cette époque, Yerkalo est alors le seul poste missionnaire occupé de la vallée du Mékong situé en zone tibétaine. Mais avant d’occuper son nouveau poste, Maurice Tornay étudie d’abord la langue et l’écriture tibétaines  avec le Vicaire forain Francis Goré à Tsechung, de mars à juin 1945. En juin 1945, Maurice Tornay, après des jours et des jours de caravane,  arrive enfin à Yerkalo où il succède au défunt Père français Burdin.
Extrêmement éloigné de Weisi,  plus  proche du poste des MEP de Atuntze, alors déserté faute d’effectifs, le poste de Yerkalo est très isolé. Loin des Confrères,il subit depuis longtemps les effets conjugués de disputes frontalières entre le Tibet et la Chine, d’anciennes querelles foncières entre les lamaseries « jaunes » toutes puissantes et la « Mission du Thibet » ainsi que l’opposition des lamas tibétains « jaunes », dirigés par Lhassa et qui ne voient pas d’un bon œil la concurrence des missionnaires chrétiens.  Ainsi, depuis  longtemps, ce poste est en bute aux persécutions des grandeset puissantes lamaseries « jaunes » de la région. C’est là, plus qu’à Weisi, que Maurice Tornay va véritablement donner toute la mesure de son engagement missionnaire. De juin 1945 à janvier 1946, soit durant sept mois, il fera tout ce qui est en son pouvoir pour tenter d’y entretenir et y propager la Flamme et pour protéger son église et ses ouailles indigènes des intimidations, voir des exactions des lamaseries voisines. Mais huit mois après son arrivée, soit le 26 janvier 1946, Maurice Tornay est chassé de Yerkalo. Il est  contraint de se replier sur le village de Pamé, au sud de Yerkalo,  d’où il parvient tout de même à garder le contact avec ses ouailles, Ne pouvant se résoudre à abandonner « ses  » Chrétiens tibétains Maurice Tornay tente  bien de revenir à Yerkalo en mai 1946. Mais il est intercepté par la soldatesque des lamaseries « jaunes » et contraint, la mort dans l’âme, de rebrousser chemin.   C’est  un Prêtre qui a les qualités des Valaisans : un  montagnard de caractère, sensible, rude en surface, ferme en profondeurs, fidèle à son engagement, voir querelleur face à un univers totalement différent ce celui qu’il avait connu jusqu’ici dans la région sinisée de Weisi, Si Maurice Tornay avait bien – des grands témoins parlant très bien le chinois, tel Robert Chappelet, l’ont attesté -  accumulé d’étonnantes connaissances de chinois durant les années passées à suivre les cours de son professeur protestant chinois, même volontaire et animé d’une Foi profonde, à son arrivée à Yerkalo, Maurice Tornay maitrisait beaucoup moins bien le tibétain, qu’il n’avait eu le loisir d’apprendre que durant quatre mois avec le lettré Vicaire forain Francis Goré. Même surdoué pour les langues et à moins d’un miracle, on n’apprend pas le tibétain en quatre mois. L’auteur le sait bien, lui qui a étudié lui-même pendant des années le Japonais et le Thaï central  le parle pourtant si mal. ces langues asiatiques…  De plus, l’univers géographique, ethnique, religieux et culturel, mais aussi l’isolement  dans lequel il se trouvait plongé à Yerkalo, composaient de nouvelles et jusqu’ici inconnues réalités, qu’il  affronta néanmoins avec une Foi et un engagement indéniables.
Après son expulsion de Yerkalo, Maurice Tornay va  alors s’employer à tout tenter, de 1947 à 1948, à Kunming, Shanghai ou ailleurs en Chine, du Nonce apostolique aux autorités consulaires suisses, françaises, chinoises ou Britanniques, pour se voir autorisé d’une façon ou d’une autre à revenir auprès de ses ouailles tibétaines de Yerkalo. Mais les temps sont troublés, les salons diplomatiques loin des réalités des « Marches du Thibet » et encore plus éloignés des Chrétiens tibétains qui se maintiennent dans leurs montagnes, Alors, puisqu’il en est ainsi, Maurice Tornay prend une décision que certains jugeront  pour le moins audacieuse, mais que d’autres avaliseront et/ou soutiendront en argent et en armes à feu: Il va former une caravanne et se rendre lui-même à Lhassa, capitale du Tibet, dans le but d’y rencontrer le Dalaï Lama, qui est  encore presque un enfant, pour plaider sa cause et obtenir de son autorité la permission de revenir  à Yerkalo. (voir: «La Croix Tibétaine»). Le 11 août 1949, Maurice Tornay et son domestique indigène « Doci », en route pour Lhassa,  tombent sous les balles des lamas, non loin du col du Choula. Son corps sera d’abord enterré à Atuntze par le Chanoine Alphonse Savioz ,fraîchement débarqué avec un quatrième groupe de missionaires du Grand-Saint-Bernard,  avant que sa dépouille soit, beaucoup plus tard, exhumée et enfouie à Yerkalo, là où le Bienheureux Maurice Tornay aurait tant voulu pouvoir revenir. C’est pourquoi, n’en déplaise à certains néophytes opportuns qui s’efforcent de se faire reluire un peu hâtivement mais sans trop savoir, c’est à Yerkalo que se situe le cœur allégorique de son martyr, de son  Exemple. Certainement pas dans la chapelle intérieure du « Palais du Maître du Ciel » du poste autrement plus paisible et sinisé de Weisi, en pays Lissou et Mosso, où le Bienheureux Maurice Tornay  n’a pas même célébré sa première Messe.
On célébrera donc debout ou à genoux, le 31 août 2010, le centième anniversaire de la naissance du Bienheureux Maurice Tornay,  né jadis sous le signe chinois du « Chien de Fer » dans un hameau du Valais suisse. C’est l’anniversaire d’une flamme vive qui s’est éteinte jadis aux portes du Tibet, mais où se sont allumées depuis bien d’autres  flammes. Cet homme de son temps, exemple d’engagement tenace, mais humble en Christ, écrira encore le 9 juillet 1949 : « Je pars, demain (pour Lhassa), après la messe. J’emporte ce qu’il faut, pour la dire, car il est idiot d’aller au pays interdit, si ce n’est pour y tracasser les démons. Or, une messe, même dite par moi, à toujours sa valeur (…) Jusqu’où irais-je ? Qu’arrivera-t-il ? Je ne promets rien. Sic fuertit voluntas Dei, sic flat !».

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