Cité-État située sur une île à l'extrême sud de la péninsule Malaise dont elle est séparée par le détroit de Johor, Singapour est connue dans le monde entier et souvent montrée en exemple pour son extraordinaire réussite économique. Après l'indépendance, en 1965, Singapour a su devenir, avec très peu de ressources naturelles et des problèmes socio-économiques importants (émeutes raciales, chômage massif, difficultés de logement et d'accès à l'eau), un des pays les plus développés et les plus prospères du monde, en termes d'économie, d'éducation, de santé, de transparence, de sécurité et d'urbanisme. La ville, cité souveraine, est un réduit chinois au cœur même du monde malais : la population est majoritairement composée de Chinois (76,8 %). De cette confrontation ethnique sont nés en partie les troubles qui ont accéléré son retrait de la Malaisie, le 9 août 1965.
Dans les années 1980, le pays fait partie des Quatre dragons asiatiques, des États en transition et au développement économique effréné. En 2011, Singapour est le 3e pays au monde en termes de PPA par habitant après le Qatar et le Luxembourg. Plaque tournante commerciale et financière entre la zone Pacifique et l'Europe, la ville doit son essor à sa situation maritime exceptionnelle à l'extrémité Est du détroit de Malacca : C'est la cité marchande aux confins de l'Orient, le deuxième port au monde (après Shanghai) en termes d'exportations et de trafic maritime. La population singapourienne dispose d'un très haut niveau de vie et la Cité-État est souvent surnommée « La Suisse d'Asie ». En 2009, Singapour affichait ainsi la plus forte concentration de millionnaires rapportés à la population totale devançant Hong Kong, la Suisse, le Qatar et le Koweït. Présentant une stabilité politique remarquable, Singapour est considéré aujourd'hui comme une démocratie autoritaire, avec la même famille au pouvoir depuis l'indépendance. La Cité-État est donc considérée comme un pays pratiquant le libéralisme économique sans le libéralisme politique.
Le centre-ville est situé au sud de l'île, à l'embouchure de la rivière de Singapour (Singapore River). Il comprend un centre d'affaires qui a fait de la ville la quatrième place financière au monde, ainsi que différents quartiers ethniques (chinois, malais, et indien) et une grande zone commerciale autour d'Orchard Road.
Singapour se situe entre la Malaisie au nord et l’Indonésie au sud. Pulau Ujong, l'île principale, est justement reliée à cette péninsule Malaise par deux ponts. Le premier, la chaussée Johor-Singapour, arrive à la ville frontalière de Johor Bahru en Malaisie. Le second (Malaysia-Singapore Second Link), à l’ouest, connecte la périphérie de Johor Bahru aux quartiers de la région de Tuas.
Outre l'île principale, l'état singapourien est aussi formé de 64 autres petites îles dont les plus importantes sont l'île de Jurong (industrielle), l’île de Sentosa (à vocation touristique), Pulau Ubin, et la plus grande, Pulau Tekong. Bien que Singapour ne soit qu'une seule ville, les limites administratives correspondent aux circonscriptions électorales. Celles-ci sont revues à chaque législative pour prendre en compte l'évolution démographique.
De nombreux réservoirs d'eau potable (Bukit Timah, MacRitchie…) ont été disséminés dans l'île pour permettre à l'état une autonomie d'approvisionnement en cas de conflit avec son voisin malaisien, dont il dépend actuellement à 80 % pour l'eau.
Histoire
Temasek (« la ville de la mer » en javanais), l'ancien nom de l'île où se trouve Singapour, est attesté dès le xive siècle. Le Nagarakertagama, un poème épique écrit en 1365 dans le royaume javanais de Majapahit, mentionne « Tumasik » parmi les quelques cents « contrées tributaires » du royaume. En réalité, le territoire contrôlé par Majapahit ne s'étendait que sur une partie de l'est et du centre de Java. Les « contrées tributaires » étaient en fait des comptoirs formant un réseau commercial dont Majapahit était le centre. Majapahit y envoyait des dignitaires dont le rôle était de s'assurer que ces comptoirs ne s'adonnaient pas à un commerce privé qui échapperait au royaume.
L’île fut baptisée Singapura (« ville du lion » en sanskrit) au xive siècle par Parameswara (aussi connu comme Sang Nila Utama), un prince de Palembang dans le sud de l'île indonésienne de Sumatra qui se serait exilé pour refuser la suzeraineté de Majapahit après une attaque de celui-ci en 1377.
En fait, il n'y a jamais eu de lion sur l'île mais des tigres (il existe bien en revanche un lion d'Asie, Panthera leo persica). Les explorateurs étaient probablement tombés sur un fauve de la jungle et l'ont assimilé à un lion. L'animal symbolique de Singapour est un lion à queue de poisson, le Merlion.
L'île de Singapour, presque vide d'habitants, entre dans le domaine colonial néerlandais vers 1685 (Indes néerlandaises). Mais, le territoire n'est pas mis en valeur, les Néerlandais se concentrent alors sur Malacca. En 1810-1811, quand le royaume des Pays-Bas tombe sous domination napoléonienne, Singapour, l'actuelle Malaisie, ainsi que certaines parties de l'Indonésie(ces dernière pour une très courte période) dont Java et surtout la côte Ouest de Sumatra, sont occupés par la Grande-Bretagne.
Après le traité de Vienne de 1815, les régions au sud de Singapour (futures Indes néerlandaises et Indonésie) sont restituées aux Pays-Bas, (confirmation par le traité de Londres de 1824), tandis que les régions au Nord (Singapour et future Malaisie), passent sous contrôle britannique, ce qui est effectif dès 1817. L'île passe alors nominalement sous le contrôle du sultan de Johor. Les militaires britanniques envisagent de construire un port, fondations de la future ville que sera Singapour.
Le 29 janvier 1819, Sir Thomas Stamford Raffles fonde un poste de commerce qui deviendra Singapour.
En 1819, le Britannique sir Thomas Stamford Raffles acheta — pour 33 000 dollars espagnols (pesos) — l'île au Sultan de Johor, Hussein Shah, et en prit le contrôle pour contrôler et faire face à une éventuelle domination commerciale des Néerlandais dans la région. Le Traité de Londres de 1824 entre les Britanniques et les Néerlandais accorde à ces derniers le contrôle des territoires revendiqué par les Européens au sud de Singapour. En 1826, Singapour, Malacca et Penang constituent les colonies des détroits ou Straits Settlements. Ainsi, Singapour devint une base navale britannique importante, qui permettait de contrôler le passage à travers le détroit de Malacca tandis que les Néerlandais reviennent définitivement dans certaines zones de Java et Sumatra au début de 1826. En effet, une grande part des ressources économiques des Indes néerlandaises sont sous contrôle des Britanniques, dont les investissements sont les plus visibles à Sumatra (surtout sur la côte Ouest). Les Néerlandais seront en effet durant quelques années maintenus plus au sud, pour éviter toute tentative colonialiste française. Les Britanniques renonceront définitivement à la colonisation de Sumatra vers 1850, au bénéfice des Néerlandais. Ces derniers, très fragilisés, ne seront pleinement maîtres de l'Indonésie qu'au début du xxe siècle.
Plus au nord, on retrouve donc les colonies de Malaya (Malaisie) et Singapour, qui devient une seule colonie (Straits Settlements = établissements du détroit).
Cependant, cet arrangement plaça la colonie sous la bureaucratie étendue et la hiérarchie complexe de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Plus tard, des commerçants firent pression sur les Britanniques pour réformer la législation car il y avait un besoin croissant de nouvelles mesures contre le crime et la piraterie. Singapour a été déclaré « colonie de la couronne » en 1867, ce qui signifie une domination de la couronne britannique sur Singapour qui durera jusqu'à l'indépendance en 1965, hormis la parenthèse de l'occupation japonaise.
Durant la colonisation britannique, l'immigration se développa. En effet, les Britanniques firent venir dans la région des travailleurs chinois et indiens pour développer le commerce et travailler dans les plantations d'hévéas. Vu l'interdiction faite aux étrangers d'acheter des terres agricoles en Malaisie, ces communautés s'installèrent à Singapour, qui était alors surnommée en Angleterre « le Gibraltar de l'Extrême-Orient ». Pour défendre les intérêts britanniques en Asie de l’Est, la Stratégie de Singapour fut imaginée, devant faire de la ville une grande base navale capable de résister à une offensive japonaise, mais cette stratégie fut un échec.
Durant la Seconde Guerre mondiale, à partir du 15 février 1942, l’île est soumise à l'expansionnisme du Japon Showa et intégrée dans la Sphère de coprospérité de la grande Asie orientale, à la suite d'une invasion dirigée depuis les terres, alors que les défenses de la ville n’étaient orientées que vers la mer. Ce dispositif était appelé « Syonan-To » (en français « lumière des Sud »). Au cours des massacres dits de Sook Ching, on estime qu'entre 20 000 et 100 000 Chinois furent tués en tant qu'« éléments anti-Japonais » pendant l'occupation. Les historiens locaux appellent cette période « les années les plus sombres de l'histoire de Singapour ». L'armée impériale japonaise y implanta également l'unité de recherche bactériologique 9420, une filiale de l'unité 731, où des chercheurs nippons pratiquaient des expérimentations sur des cobayes humains. Dans le même temps, un camp de prisonniers de guerre existait à Singapour, appelé « camp de Changi ». Des militaires britanniques, américains et australiens, principalement, capturés dès 1942 ou durant la guerre, y furent détenus. Les pertes humaines y furent nombreuses, à cause de l'hygiène déplorable et de la famine essentiellement.
L'Empire britannique récupéra Singapour seulement le 5 septembre 1945.
En 1959, les Britanniques dotent Singapour d’une Constitution propre et Lee Kuan Yew est élu Premier ministre. Son parti, le People's Action Party (« Parti d'action populaire ») propose alors l’intégration à la Fédération des États de Malaisie, ce qui fut fait le 16 septembre 1963. Peu après, les Malais de la péninsule forcent Singapour à quitter la Fédération (contre le gré de Lee Kuan Yew), dès 1964, des troubles éclatent, et l’indépendance de la République de Singapour vis-à-vis de la Fédération est proclamée le 9 août 1965.
En 1997, comme les autres états asiatiques, Singapour fait face à un afflux massif de capitaux étrangers qui se retirent ensuite, déstabilisant la monnaie puis l'économie des pays.
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