vendredi 14 février 2014

EMPEREUR AKIHITO ( 1933-

Akihito (明仁?, né le 23 décembre 1933 au palais impérial ou Kōkyo à Tokyo) est l'empereur actuel du Japon, depuis le décès de son père, Hirohito, le 7 janvier 1989. Il a officiellement été intronisé le 12 novembre 1990. La Constitution japonaise de 1947 limite son rôle à celui de « symbole de l'État et de l’unité du peuple japonais ». Avant son accession au trône du Chrysanthème, il fut prince héritier (皇太子, Kōtaishi?) pendant 37 ans de 1952 à 1989.
Il est le cinquième enfant, fils aîné et successeur de l'empereur Shōwa, dit Hirohito, et de l'impératrice Kōjun, dite Nagako. Par sa mère, il est également le cousin de la princesse Yi Bangja (Hangeul : 이방자 ; Hanja : 李方子), née princesse Masako de Nashimoto (梨本宮 方子, Nashimoto-no-miya Masako?), dernière princesse héritière de Corée par son union avec le prince Euimin (Hangeul : 의민태자 ; Hanja : 懿愍太子), septième fils de l'empereur Kojong et frère cadet de l'empereur Sunjong. Il était donc apparenté au prince Gu, empereur titulaire de Corée de 1970 à 2005.
Selon la tradition officielle shintō, il serait le 125e empereur du Japon, issu de la Lignée Yamato qui règnerait sur le Japon depuis -660, ce qui en ferait la plus ancienne dynastie régnante du monde toujours en activité. Toutefois, les historiens s'accordent généralement pour dire que les 15 premiers empereurs de cette lignée seraient légendaires.



L'actuel empereur du Japon est généralement connu dans les médias occidentaux sous son nom personnel, ou prénom, reçu, comme le veut la tradition, sept jours après sa naissance (soit le 29 décembre 1933) par ses parents, à savoir Akihito. Ce prénom est alors composé des kanjis 明 (Aki, aka, mei, myō?), qui peut signifier « clair, lumineux »1,2, et 仁 (Hito, jin, ni?), renvoyant aux notions de « vertu, bienveillance, humanité, piété »3,4 et servant de suffixe traditionnel dans pratiquement tous les prénoms des enfants mâles de la famille impériale depuis le XIe siècle car symbolisant le lien entre l'homme et le ciel.
Le jeune Akihito reçoit en même temps que son prénom un nom honorifique : il est alors le prince de Tsugu (継宮, Tsugu-no-miya?). Outre le kanji 宮 (Miya, kyū, gū?), qui signifie « maison princière, temple shinto »5,6 et qui, sous sa forme no-miya (littéralement « de la maison »), est souvent traduit tout simplement par la particule aristocratique « de », celui de 継 (Tsugu, tsugi, mama, kei?) renvoie quant à lui aux notions de « suivre, succéder, hériter, continuer, poursuivre, maintenir »7,8. Son titre peut être ainsi traduit littéralement par « prince de la continuité » et renvoie au fait que la naissance d'un héritier mâle, alors que son père était déjà empereur depuis sept ans, était particulièrement attendue.
De sa naissance en 1933 à son intronisation comme prince héritier en 1951, sa titulature complète est alors « Son Altesse impériale le prince impérial Akihito de Tsugu » (継宮 明仁 親王 殿下, Tsugu-no-miya Akihito shinnō denka?).
De son intronisation officielle comme prince héritier en 1951 à son accession au trône en 1989, il abandonne le titre de prince Tsugu pour être désormais désigné au Japon sous le titre de « Son Altesse impériale le prince héritier Akihito » (明仁 皇太子 殿下, Akihito Kōtaishi denka?), les kanjis 皇太子 (Kōtaishi?), littéralement le « Premier fils de l'empereur », désignant le titre d'héritier au Trône du Chrysanthème.
Depuis qu'il a succédé à son père comme empereur du Japon, il n'est plus jamais désigné par les Japonais sous le nom d'Akihito, mais comme « Sa Majesté l'Empereur » (天皇 陛下, Tennō Heika?) ou encore comme « Sa Majesté présente » (今上 陛下, Kinjō Heika?). Comme le veut la tradition depuis le règne de l'empereur Meiji, son accession au trône a correspondu avec la proclamation d'une nouvelle ère servant de base officielle au comput japonais (même si le comput occidental chrétien est aujourd'hui largement utilisé, les documents officiels datent encore la plupart des évènements en année de l'ère impériale actuelle) : cette ère a pris le nom de Heisei (平成?), traduit généralement par « Accomplissement de la paix ». Après sa mort, l'actuel empereur du Japon prendra ainsi le nom posthume d'empereur Heisei (平成 天皇, Heisei Tennō?).
Si en Occident s'est répandu l'usage de nommer l'empereur par son simple prénom, Akihito, à l'instar des monarques européens, cette pratique est considérée au Japon comme un manque de respect à l'empereur.

Premier fils et cinquième enfant de l'empereur Hirohito et de l'impératrice Nagako, sa naissance était alors particulièrement attendue. En effet, le couple impérial était déjà marié depuis 9 ans et n'avait eu jusqu'alors que des filles, qui ne pouvaient donc prétendre à la succession de leur père. L'arrivée de l'héritier tant attendu permet de rassurer les autorités japonaises, soucieuses de la stabilité du trône du Chrysanthème.
Comme le veut la tradition pour les enfants du couple impérial, il est séparé de ses parents à l'âge de 3 ans et est éduqué par les chambellans du palais impérial et des précepteurs privés, ne voyant ses parents qu'une fois par semaine lors de rencontres relativement solennelles. Plus tard, il suit, de 1940 à 1952, les cours de l'école Gakushūin, alors réservée aux enfants de la haute aristocratie japonaise, à Tōkyō. Les premières années de sa scolarité, il est isolé de ses camarades de classe qui sont maintenus à distance. Dans un contexte de shintoïsme d'État, il est éduqué dans l'optique de devenir le futur « Dieu vivant » qu'est l'Empereur du Japon pour l'opinion japonaise encore à l'époque, à savoir un individu distant, isolé du peuple et sans défaut. Les festivités pour son dixième anniversaire en 1943 prennent l'aspect d'un véritable jubilé national.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, du fait de l'intensification des raids aériens sur la capitale japonaise à la fin de l'année 1944 et en 1945, il est évacué de la ville en compagnie de son frère aîné le prince Yoshi Masahito (qui porte désormais le titre de prince Hitachi), pour être conduit en lieu sûr à la villa impériale de Tamozawa située à Nikkō dans l'intérieur des terres. Il y apprend la capitulation du Japon et écrit alors dans son journal : « Je vais devoir travailler plus dur à mon apprentissage ».

Après 1945 : la formation du symbole de la modernisation du Japon
Sous l'occupation américaine qui suit la Seconde Guerre mondiale, le prince Akihito et ses frères et sœurs reprennent les cours à Gakushūin mais en ayant la possibilité de se mélanger avec leurs camarades. Il est ainsi certainement le premier empereur japonais à posséder de réels amis personnels. De plus, ils reçoivent pour tutrice, de 1946 à 1950, la quaker Elizabeth Gray Vining qui les initie à la langue anglaise et à la culture occidentale. Bien qu'elle n'ait été finalement chargée de leur éducation que relativement peu de temps, elle a laissé sur les enfants impériaux une forte impression, notamment sur le jeune prince Tsugu qui a gardé avec elle une relation particulière jusqu'à son décès en 1999 (lui rendant visite à plusieurs reprises ou gardant une correspondance active avec elle, tandis qu'elle sera la seule étrangère invitée à son mariage en 1959). Dans son ouvrage Windows for the Crown Prince, paru en 1952 et devenu un best-seller, Elizabeth Gray Vining raconte comment elle a pris en affection le jeune prince et décrit sa transformation, sous sa conduite, d'un enfant rigide et renfermé en un adolescent ouvert sur le monde et gagné aux idées libérales à l'occidentale. Après son départ en 1950, elle est remplacée comme professeur d'anglais des enfants impériaux par une autre quaker, Esther Rhoads, principale de l'école pour filles de la Société des Amis à Tōkyō.
Sa formation politique et de futur empereur est quant-à-elle essentiellement supervisée à partir de 1949 par le Dr Shinzō Koizumi, économiste qui fut président de l'Université Keiō de 1933 à 1947. Lui aussi un fervent libéral (tant au sens politique qu'économique du terme, étant un ardent critique des thèses de Karl Marx et un élève à la fois de l'école classique, notamment David Ricardo, et néoclassique, dont surtout William Stanley Jevons et admirateur de la monarchie parlementaire britannique, il cite à son jeune élève comme exemple à suivre celui du roi George V du Royaume-Uni. Voulant faire d'Akihito le symbole de la modernisation de la famille impériale et plus généralement de la société japonaise, il est l'un des principaux artisans de son mariage avec une non-aristocrate qui semble de plus être un réel choix d'amour, Michiko Shōda. Il est ainsi à l'origine, à la demande du prince, de l'inscription en février 1958 de la jeune femme sur la liste des prétendantes au mariage et déclare : « Le prince héritier l'a choisie, et donc nous aussi ». Il reste son principal conseiller jusqu'à son décès en 1966.
Ses autres précepteurs incluent le juriste Kōtarō Tanaka, ministre de l'Éducation de 1946 à 1947 et président de la Cour suprême de 1950 à 1960, qui l'initie au droit constitutionnel de 1951 à 1960, et le prêtre Stephen Fumio Hamao, alors aumônier d'étudiants de l'Université catholique de Tōkyō depuis 1957 puis cardinal-archevêque de Yokohama, le latin.
Il reçoit aussi une préparation physique active, et apprécie particulièrement l'équitation et le tennis.
En 1989, il soutient le chef Raoni dans son combat pour la préservation de la forêt amazonienne.

Prince héritier du Japon

Il est intronisé prince héritier (皇太子, Kōtaishi?), au palais impérial (Kōkyo) le 10 novembre 1952 lors de la cérémonie traditionnelle appelée Rit'taishi no Rei (立太子の礼?, littéralement « Cérémonie d'avènement du Premier fils »). Autorisé à fonder sa propre maison princière, traditionnellement appelée Tōgū (東宮?, littéralement « Maison de l'Est »), il quitte le Palais impérial pour s'installer dans sa propre résidence, le Palais du Tōgū (東宮御所, Tōgū-gosho?), situé dans le Domaine impérial d'Akasaka (qui comprend de nombreuses demeures de membres de la famille impériale) dans l'arrondissement spécial de Minato à Tōkyō. Jusqu'à l'année précédente, il s'agissait du palais Ōmiya (大宮御所|Ōmiya-gosho), résidence de sa grand-mère l'impératrice douairière Teimei jusqu'à son décès.
Minoru Hamao, frère du prêtre et futur cardinal Stephen Fumio Hamao, devient son chambellan à partir de 1961 et le reste jusqu'en 1971. Certains observateurs y voient l'importance de l'influence des catholiques dans l'entourage du prince, d'autant qu'Elizabeth Gray Vining et Shinzō Koizumi, deux de ses principaux précepteurs, sont tous deux également chrétiens. Toutefois, Akihito ne semble ne jamais avoir songé à une conversion, et a toujours réalisé les cérémonies et rituels traditionnels shintō et bouddhiste.
N'ayant donc pas d'influence religieuse, ces collaborateurs ont largement contribué à ce qu'il devienne le principal atout de la modernisation et de désacralisation de l'image de la famille impériale recherchées par le gouvernement et les occupants américains. En témoignent ses nombreux déplacements à l'étranger, alors que ses parents ne quittent le Japon que deux fois durant leur règne (en 1971 en Europe et en 1975 aux États-Unis). En juin 1953, le prince Akihito représente ainsi le Japon au couronnement d'Elisabeth II, reine du Royaume-Uni, et se rend dans la foulée en France, en Espagne, aux États-Unis (notamment Hawaï, et Philadelphie où il rend visite à son ancienne tutrice Elizabeth Gray Vining) et au Canada.
Entré en avril 1952 au département de sciences politiques de l'université Gakushūin, ses obligations officielles le poussent à abandonner ses études sans avoir été diplômé en avril 1954, mais continue à suivre des cours comme auditeur libre jusqu'en 1956. Il commence à y concrétiser sa passion d'enfance pour les poissons en commençant à étudier l'ichtyologie sur les conseils du professeur Ichirō Tomiyama de l'université de Tokyo.

Mariage[
En août 1957, il rencontre sur un court de tennis de la station touristique de Karuizawa, près de Nagano, lors d'une partie en double, Michiko Shōda (née le 24 octobre 1934), fille aînée de Hidesaburo Shōda, président de la compagnie Nisshin. Le conseil de la Maison impériale a officiellement annoncé leurs fiançailles le 27 novembre 1958. Les médias parlent alors de la « romance du court de tennis » et présentent leur rencontre comme un véritable « conte de fée ».
Toutefois, ce mariage n'a pas fait l'unanimité. Pendant les années 1950, les médias avaient avancé que certains membres traditionalistes de l'agence impériale essayait d'écarter la jeune fille du prince héritier car elle était considérée comme une fille du peuple, bien qu'elle soit la fille d'un riche industriel. En effet, il était jusqu'à présent de tradition que le futur empereur épouse une aristocrate, Michiko Shōda étant la première roturière à être fiancée à un membre de la famille impériale, et cela bien qu'elle soit issue de l'une des familles les plus fortunées du Japon. De plus, issue d'un milieu catholique et, bien que jamais baptisée, elle a été élevée dans des établissements religieux chrétiens. En 2000, à la mort de l'Impératrice Kōjun, l'agence Reuters a annoncé que l'ancienne Impératrice faisait partie des plus farouches opposants à ce mariage et que, dans les années 1960, elle avait poussé sa bru à la dépression en l'accusant de n'être pas faite pour son fils. Des menaces de mort poussent les autorités à organiser la sécurité de la famille Shōda. L'écrivain Yukio Mishima, connu pour ses prises de position traditionalistes, déclare alors : « Le système impérial devient "tabloidesque" (sic) dans un effort de démocratisation du système. L'idée de connecter (la famille impériale) au peuple par une perte de sa dignité est mauvaise ».
Toutefois, le jeune couple avait alors acquis un large soutien du public, qui le voit comme le symbole de la modernisation et de la démocratisation du Japon (les médias parlent alors d'un « Micchi boom », reprenant le surnom de Michiko Shōda), ainsi que celui de la classe politique dirigeant le pays. Les collaborateurs d'Akihito, et en particulier Shinzō Koizumi, pèsent de tous leurs poids pour concrétiser l'union. Le mariage eut donc finalement bien lieu, le 10 avril 1959, lors d'une cérémonie traditionnelle shintō. Le cortège nuptial fut suivi dans les rues de Tōkyō par une foule de plus de 500 000 personnes s'étalant sur les 8,8 km du parcours, et les parties du mariage retransmises à la télévision (faisant de cette noce princière la première à être médiatisée au Japon) furent regardées par 15 millions de spectateurs environ.
Il rompt à nouveau la tradition impériale lorsqu'il décide d'élever personnellement, avec son épouse, ses enfants et donc de les garder auprès d'eux au lieu de les confier à des précepteurs privés et aux chambellans du palais. Le couple est présenté comme menant un mode de vie très moderne, très occidentalisé, recevant des amis chez eux à dîner, tandis que Akihito s'implique lui-même, aux dires de ses proches, dans les taches ménagères du foyer princier. Le couple se rend de nombreuses fois en visite officielle dans les 47 préfectures du Japon et dans plus de 80 pays. En 1986, il est également le premier membre de la famille impériale à prendre le métro.

Avènement
À la mort de l'empereur Shōwa, le 7 janvier 1989, Akihito lui succède sur le trône en recevant immédiatement, en présence du Premier ministre Noboru Takeshita, les insignes impériaux :
l'épée Kusanagi (qui selon la tradition aurait été celle utilisée par la déesse Amaterasu, ancêtre légendaire de la famille impériale, pour chasser les démons de l'archipel, il symbolise la valeur de l'empereur),
le miroir Kagami (symbolise la sagesse du souverain),
le Yasakani no magatama (représente la bienveillance du monarque),
le Sceau impérial du Japon ou « Noble insigne du chrysanthème » (菊の御紋, Kiku-no-gomon?), véritable emblème national du Japon même s'il n'a plus de rôle officiel depuis 1947,
le Sceau d'État du Japon ou « Sceau du pays » (国璽, Kokuji?), sceau officiel de l'État japonais.
Une nouvelle ère est également immédiatement proclamée par le secrétaire général du Cabinet Keizō Obuchi pour officiellement débuter dès le lendemain : Heisei (平成?), généralement traduit par « Accomplissement de la Paix ». Comme le veut la tradition, ce nom est issu de passage des Classiques chinois, en l'occurrence des Mémoires historiques où l'expression 内平外成 (pinyin : nèipíng wàichéng, rōmaji : naihei daisei, littéralement : « paix extérieure, pureté intérieure ») est utilisée pour désigner le règne de l'empereur mythique chinois Shun, et des Classique des documents qui utilise lui les termes de 地平天成 (pinyin : dìpíng tiānchéng, rōmaji : jihei tensei, littéralement : « la terre est paisible et le ciel est clair »). Ce nom renvoie donc à l'idée de paix totale et omniprésente, que ce soit « à la fois à l'intérieur du pays et à l'extérieur, dans le ciel et sur terre .
Il est officiellement intronisé lors de la cérémonie traditionnelle du 即位礼の儀 (Sokuirei-no-Gi?) le 12 novembre 1990. Celle-ci, la première à avoir lieu depuis la mise en place de la Constitution de 1947 qui a enlevé tout pouvoir et son caractère divin à l'empereur, est particulièrement modifiée par rapport aux précédentes : au lieu de se tenir au Palais de Kyōto, elle a lieu dans la « Salle des Pins » ou « Salle du Trône » (松の間, Matsu-no-ma?) du « Hall d'État » (正殿, Seiden?) au Kōkyo (d'ailleurs la cérémonie d'intronisation d'Akihito est généralement appelée le 即位礼正殿の儀 ou Sokuirei Seiden no-Gi) ; la plupart des symboles shinto qu'elle comportait sont enlevés du rituel ; elle est la première à se faire en présence d'étrangers, avec plus de 500 délégués représentant 158 pays s'ajoutant aux 2000 invités japonais ; le Premier ministre s'adresse directement à l'empereur en se tenant en face de lui, et non plus, comme c'était le cas auparavant, depuis la cour du palais, afin de démontrer que le régime du Japon est désormais démocratique et que donc le Cabinet n'est plus subordonné au monarque. Cette cérémonie est complétée, les 22 et 23 novembre 1990 par un rite cette fois-ci totalement shintō et secret pendant lequel l'empereur remercie les kami pour son avènement en leur offrant du riz sacré : la « Fête du Grand Remerciement » (大嘗祭, Daijōsai?). Le fait que l'Agence impériale et le nouvel empereur ait maintenu ces traditions, bien qu'épurées de leurs éléments les plus controversés, a entraîné l'opposition de nombreuses associations et partis à la gauche de l'échiquier politique japonais qui reprochent alors au Sokuirei-no-Gi son coût (le gouvernement japonais ayant dépensé 15 millions de dollars américains pour organiser l'évènement), et le Daijōsai comme une remise en cause de la séparation de la religion et de l'État. Ainsi, plusieurs petits attentats ont eu lieu en marge des festivités, revendiqués par des groupuscules d'extrême-gauche.


Les tentatives pour réconcilier le Japon avec son histoire


L'empereur Akihito et l'Impératrice Michiko, le 28 juin 2005.
Malgré les contraintes imposées par la constitution du Japon à la position d'empereur, Akihito est sorti à plusieurs reprises de sa réserve pour exprimer des excuses personnelles, au nom de la famille impériale, aux pays asiatiques ayant souffert pendant l'occupation japonaise.
Ainsi, dès le 12 avril 1989, à l'occasion d'une visite officielle du Premier ministre de la République populaire de Chine Li Peng, il utilise pour la première fois le terme de « regrets » (反省, hansei?). Plus tard, il est le premier empereur du Japon à se rendre officiellement en Chine en octobre 1992, et lors de ce déplacement, le 27, il déclare :
« Dans la longue histoire des relations entre nos deux pays, il y eut une période tragique pendant laquelle mon pays causa de grandes souffrances au peuple de Chine. Nous avons reconstruit notre patrie et sommes fortement résolus à poursuivre notre chemin de pays pacifique sur la base de notre profond regret et de notre désir qu'une telle guerre ne se reproduise plus jamais. »
Concernant la Corée, il exprime également des remords pour les exactions japonaises par le passé, le 24 mai 1990 lors d'une entrevue avec le président sud Coréen Roh Tae-woo en visite officielle au Japon :
« En songeant à la souffrance que votre peuple a enduré pendant cette malheureuse période, par la faute de notre nation, je ne peux ressentir que le plus profond remords. »
Il renouvelle cette déclaration lors d'un dîner avec le successeur de Roh Tae-woo, Kim Dae-jung, le 8 octobre 1996 :
« Il y eût une période pendant laquelle notre nation a apporté de grandes souffrances aux peuples de la péninsule coréenne [...] Le profond chagrin que je ressens à ce sujet ne sera jamais oublié. »
Enfin, en juin 2005, l'empereur a visité le territoire de Saipan (archipel des Mariannes), le site d'une des plus importantes batailles de la Seconde Guerre mondiale (du 15 juin 1944 au 9 juillet 1944). Accompagné par l'impératrice Michiko, il a prié et a offert des fleurs à plusieurs mémoriaux pour honorer les Japonais morts à la guerre, les soldats américains, les Coréens forcés de combattre pour le Japon et les habitants locaux. C'est le premier voyage d'un monarque japonais sur les lieux d'une bataille de la 2e guerre mondiale.
Malgré cela, plusieurs de ses déplacements dans d'anciens pays ayant combattu ou ayant été occupé par le Japon durant la Seconde guerre mondiale ont été l'occasion d'action de protestations contre le fait que l'État japonais n'avait pas encore, jusqu'à ce jour, reconnu de manière claire, précise et officielle sa responsabilité dans ce conflit. L'incident le plus marquant eut lieu à Londres en 1998, durant une visite officielle de l'empereur à l'invitation de la reine Élisabeth II et du Premier ministre Tony Blair, les anciens prisonniers de guerre britanniques rescapés des camps japonais présents ayant décidé de tourner le dos au passage du carrosse transportant l'empereur, tandis que certains brûlèrent un drapeau japonais. Toutefois, les associations d'anciens prisonniers de guerre japonais précisèrent qu'il ne s'agissait pas en soi d'une action personnelle contre l'empereur, exempt de toute responsabilité dans la politique impérialiste de son pays du fait de son jeune âge durant la guerre, mais contre l'attitude ambigüe des autorités japonaises. Lors de ce voyage, l'empereur fut cependant investi dans l'Ordre de la Jarretière par la reine. La visite officielle suivante du couple impérial sur le sol britannique, en mai 2007, fut beaucoup moins tourmentée25.
Depuis son intronisation, l'empereur a également multiplié les efforts pour rapprocher la Famille impériale du peuple japonais. Ainsi, le couple a visité l'ensemble des 47 préfectures de l'archipel nippon.
Le 16 mars 2011, fait rarissime, il intervient publiquement à la télévision japonaise, afin de prononcer une allocution en soutien aux victimes du séisme et tsunami meurtriers survenus 5 jours auparavant, ainsi que d'exprimer son inquiétude face à la menace nucléaire à la centrale de Fukushima qui s'en est suivie46.

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