jeudi 3 mai 2012
LES JARAWAS / LES TRIBUS OUBLIEES
En Inde, les tribus oubliées des îles Andaman
Les derniers peuples primitifs au cœur de la forêt tropicale
Le 4 février, l'extinction de la tribu Bo a marqué la disparition de l'une des plus vieilles ethnies de l'humanité. Elle vivait depuis 60 000 ans sur les îles Andaman.
Ils vivent nus, la taille simplement ornée d'un cordon rouge. Ce sont les Jarawas, l'une des cinq tribus dites "primitives" qui vivent dans les profondeurs de la forêt tropicale des îles Andaman, en Inde. Chasseurs-cueilleurs-pêcheurs nomades, menacés comme toutes les peuplades traditionnelles par le monde moderne, ils sont farouchement défendus par les ONG, qui voient en eux les derniers survivants d'une humanité encore intacte. Mais leur meilleure défense, ils l'assurent eux-mêmes à coup de flèches et de pierres, en refusant sauvagement de se laisser approcher par les étrangers.
Les îles Andaman, un peu d'Histoire et de géographie
Petit archipel perdu dans l'océan Indien, dans le golfe du Bengale, à 800 km des côtes indiennes et à 200 km au sud de la Birmanie, les îles Andaman sont fragmentées en de multiples îlots où règnent encore une activité volcanique modérée. 38 îles sont habitées, d'autres n'offrent que des paysages de forêt tropicale et de plages désertes. Elles furent découvertes par Marco Polo, mais n'ont cessé de passer de mains en mains au cours de l'Histoire. Peu hospitalières, peuplées de "réducteurs de têtes", selon les premiers récits, elles finirent par devenir possession des Britanniques au XVIIIe siècle, et servirent à accueillir le plus terrible centre pénitencier que les hommes aient pu inventé dans l'histoire de la barbarie.
Après l'indépendance de l'Inde en 1947, les îles Andaman furent rattachées à l'Union indienne sous le nom des Îles Andaman-et-Nicobar. Le gouvernement indien incita dès 1950 les familles à s'installer sur ces îles en leur offrant des terres à cultiver. Peu à peu la civilisation se mit en place, surtout sur la Grande Andaman. De petites villes s'organisèrent et, aujourd'hui, on compte environ 350 000 habitants répartis sur les différents archipels.
Les tribus indigènes des Andaman
Les tribus andamanaises n'appartiennent pas à la même ethnie que les Indiens. Les études anthropologiques les définissent comme des descendants des premiers humains ayant quitté l'Afrique, et de grandes similitudes génétiques en font les cousins des Bochimans d'Afrique australe (Kalahari). Au nombre de 8 000 avant la colonisation, les Andamanais ne sont plus que 800 aujourd'hui, répartis en cinq tribus :
Les Grands Andamanais, les plus sociables, qui furent décimés au contact de la civilisation. Ils ne sont plus que 52 aujourd'hui. Parmi eux, la tribu Bo s'est éteinte en février dernier, avec le décès de sa dernière survivante, Boa Sr, âgée de 85 ans. Avec elle a disparu également la langue Bo qu'elle était la dernière à parler.
Les groupes Onge-Jarawas, répartis en quatre ethnies : Jarawas, Onge, Sentinele, et Jagil (tribu décimée elle aussi)
Les plus anciennes ethnies de l'humanité en danger
Dans le monde moderne et dans les soubresauts de l'histoire, alors que la crise mondiale s'empare de chaque recoin de notre Terre, les Jarawas constituent notre plus précieux trésor. Impossible de ne pas faire un rapprochement entre ces tribus primitives vivant en osmose avec la forêt, et l'onirisme nostalgique que James Cameron nous offre à travers son film "Avatar".
La colonisation a mis en danger les conditions de vie des Jarawas, y apportant maladies et alcools, et en défrichant une énorme partie de la forêt tropicale. Les Grands Andamanais se sont laissé séduire pour leur plus grand malheur. Le gouvernement indien a déplacé certains groupes sur des îles annexes, afin de pouvoir occuper les terres où ils vivaient. Un habitat réduit, le manque de gibiers, la propagation des maladies : tout cela ressemble fort au scénario vécu par les Indiens d'Amérique.
La sauvegarde des peuples de la forêt
L'ONG Survival International mène depuis plusieurs années une véritable offensive auprès du gouvernement indien pour empêcher le déplacement de ces populations et demander le retrait des projets d'aménagement des îles, entre autres le développement du tourisme ou la construction de routes. La décimation des Grands Andamanais a été un argument décisif pour faire pencher la balance du bon côté. La Cour suprême a rendu son verdict l'an dernier en faveur des Jarawas : elle a ordonné la fermeture de la route nationale et le retrait des colons installés sur les territoires jarawas, interdit le braconnage et le défrichage. Un succès sans précédent pour l'ONG, et un espoir désormais fortifié de voir à nouveau s'accroître ces populations jarawas et sentineles.
"Les Grands Andamanais ont tout d’abord été massacrés puis ils ont été détruits par des politiques paternalistes qui les ont exposés à de terribles épidémies, les ont spoliés de leurs terres et privés de leur indépendance. Avec la mort de Boa Sr et l’extinction de la langue bo, une part unique de la société humaine n’est plus qu’un souvenir. La disparition de Boa est le triste rappel que nous ne devons pas permettre que cela arrive aux autres tribus des îles Andaman."(Stephen Corry, président de Survival International)
Il s'agit également d'une grande victoire des Jarawas qui, depuis près de deux siècles, ne se sont pas laissé fasciner par la civilisation. Fuyant les hommes, ils s'enfoncent de plus en plus loin dans la forêt, refusent le troc et toute marchandise extérieure. Il est rare qu'un journaliste puisse les approcher, la plupart étant reçu par des jets de pierre ou des flèches. Ils sont sortis indemnes du tsunami, car ils ont su s'enfuir à temps dans les profondeurs de la forêt qu'ils connaissent parfaitement.
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