jeudi 3 mai 2012

KHAJURAHO



    Khajuraho ou l’érotisme à fleur de temple    



Aucune civilisation n’a autant que l’Inde souligné les valeurs du corps dans son essence, sa genèse…et par là-même autant mis en avant les vertus du désir et de l’amour. Plus loin que les gentillettes et romantiques philosophies de l’amour courtois propre à la civilisation européenne, l’Inde a dans sa culture toute une philosophie de l’amour et une métaphysique de la chair. Cela se répercute dans ses créations artistiques : sa peinture avec les miniatures suggestives des positions du kama sutra, les fresques et sculptures des temples hindous…

Sur les 85 temples hindouistes et jaïns que firent construire les rajâ ChandelaW à Khajuraho, seuls 22 subsistent de nos jours. Le site est célèbre pour les scènes représentant les aspects de la vie et de la mythologie indiennes il y a mille ans. Nombre d’entre-elles sont des sculptures érotiques illustrant les postures du Kama SutraW, probablement les représentations des images tantriques. Mais la décoration sculptée ne se limite pas à de telles scènes; on y trouve nombre de batailles, danses, luttes d’animaux, activités quotiiennes, images des divinités et d’animaux fantastiques, décors floraux et végétaux. Les temples jaïns sont dépourvus de représentations érotiques, alors qu’elles foisonnent sur les murs de ceux dédiés à Shiva et sont plutôt discrètes sur les temples dédiés à Vishnu.

La grâce du corps féminin y est exposée sous tous ses aspects et la sculpture traduit la diversité des attitudes, la souplesse des corps, la grâce des poses. Les formes sont pleines, généreuses, car la femme est symbole évident de fécondité, les attitudes  sont gracieuses mais humbles ou respectueuses. Composé au IVe-Ve siècles, le Kâma Sûtra a inspiré les artistes sculpteurs en décrivant les multiples manières  qu’a l’homme-dieu de s’accoupler avec la femme-shakti afin de mettre en mouvement les forces qui régissent la création et l’existence.

Le temple de Lakshmana, dédié à Vishnou, l’un des plus anciens du site, est aussi l’un des plus finement décorés, quasiment recouvert par des représentations de 600 dieux du panthéon indien. Ce temple est fameux pour ses sculptures érotiques situées sur le côté sud du bâtiment, celles-ci n’étant en réalité qu’une portion infime de la décoration. Le temple de kandarîya Mahadeo est le plus important du site tant par sa taille que par son ornementation, avec ses 900 statues sculptées dans le grès jaune. Le temple de Devî Jagadambâ est l’un des plus finement décorés, avec en particulier de nombreuses érotiques.


Extrait 1 : « Si l’on se réfère à la tradition hindoue, chaque aspect de la vie de l’homme est définie et agencée en fonction des époques et de leur finalité. L’homme et la femme doivent garder en tête quatre buts à atteindre. KâmaW, le désir fait partie de ces objectifs assignés à l’homme, au même titre que DharmaW, le devoir et d’ArthaW, l’acquisition des biens. Ces trois objectifs sont mis au service d’une finalité suprême la MokshaW. Ces quatre « purushartâ » (buts) constituent donc la trame directrice que les hommes et femmes doivent toujours garder à l’esprit dans la réalisation de leurs tâches quotidiennes. Dans cette optique classique, Kâma concerne les plaisirs et l’exploration des sens susceptibles de libérer toute la saveur des jouissances terrestres, tout en conservant la sphère des devoirs humains et l’acquisition des biens en toute éthique. Cependant d’autres doctrines philosophiques telle que le Tantrisme exaltent l’amour et l’élève au rang d’absolu. Kâma, désir essentiel d’une sensualité, voire une sexualité-passionnée, devient alors le centre de toute une théorie et d’une pratique initiatique qui s’ancrent dans une vision énergétique de la physiologie du corps. Le corps doté d’une puissance créatrice et sexuelle connaît alors sa véritable dimension cosmique. »

Extrait 2 : « Dans la tradition Shivaïste, apparaît l’indissociable union du dieu Shiva et de son énergie féminine, la Shakti, figure de puissance que l’on trouve dans tous les ouvrages d’inspiration shivaïste et dont le couple « sculpté » formé par le lingamW et la yoniW constitue le symbole. Le plus souvent sculpté dans la pierre, ou simplement érigé, le linga ou phallus repose sur la yoni qui a la forme d’une vulve ou sexe féminin. Le linga est toujours dressé, gonflé de création potentielle, car Shiva retient toujours sa semence. Tel un refrain célébrant la puissance exemplaire et phallique du dieu indissociable de sa Shakti, c’est la yoni qui met en œuvre et en « branle » ses propres facultés divines créatrices qui autrement resteraient inertes et sans vie. En effet sans elle, Shiva serait « Shava » c’est à dire un cadavre. Le linga et la yoni figurent l’union du mâle et de la femelle, du ciel et de la terre, et par là même constituent une représentation de la totalité de l’existence. »

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